vendredi 18 mars 2011

Le "Musée de Luigi Buffo"

   C'est bien ce qu'on pouvait lire en grosses lettres à l'extérieur du mur d'enceinte d'un jardin de Lagardelle-sur-Lèze (Haute-Garonne). En attendant le prochain numéro de Gazogène prévu pour le mois de juin prochain et entièrement consacré à Marie Espalieu (une agricultrice du Lot qui produisit un étonnant ensemble de personnages et d’animaux en bois), Jean-François Maurice me confie quelques clichés, pour la plupart  inédits, du jardin de sculptures du maçon-sculpteur Luigi Buffo. Les couleurs sont passées mais le témoignage est intact. Cet environnement était situé en périphérie de cette commune devenue depuis, la grande banlieue de Toulouse. Il fut détruit en 2005.
 
Luigi Buffo à l'ouvrage - Photo JFM - D.R.
 Photo JFM - D.R.
Luigi Buffo également à l'ouvrage au fond à gauche - Photo JFM - D.R.
    On le sait, les murs cernant sa propriété étaient surmontés d'une foule de sculptures en ciment (certaines étaient peintes ou incrustées de galets) évoquant le souvenir du monde rural d'autrefois mais aussi comme souvent, des animaux exotiques ainsi que de nombreuses références à la religion catholique.
  
Photo JFM - D.R.
A l'un des angles de la propriété, L. Buffo avait installé un vaste ensemble comportant des calvaires avec Christ en croix, pietà, angelots etc. 
Photo JFM - D.R.
 
Photo JFM - D.R.

 Photo JFM - D.R.
   A l’intérieur du jardin d’autres personnages et animaux ainsi qu’un abri précaire rassemblant des œuvres en bois de tous formats. Les murs du garage étaient également tapissés de manière très rapprochée, de pièces en bois sculpté : figures, animaux, etc. Les visages étaient stéréotypés mais leur accumulation sous cette forme quasi obsessionnelle, donnait une impression très étrange. On estimait à l’époque à 400 pièces environ, l’œuvre bois de Buffo. Ce merveilleux ensemble est dorénavant visible à Carla-Bayle (Ariège) grâce à l’association Geppetto qui gère le musée des Amoureux d’Angélique. La présentation est volontairement dense pour rappeler quelque peu l’installation originelle.

Les chèvres, le laboureur et ses bœufs, la course de trotteurs.  Photo JFM - D.R.
L'un des murs du garage "tapissé" de pièces en bois.  Photo JFM - D.R.
L'abri précaire à gauche de la maison.  Photo JFM - D.R.

mercredi 16 mars 2011

La seconde mort de Louisiane Saint-Fleurant

   Je ne sais pas vous, mais moi j’aime l’œuvre de Louisiane Saint Fleurant. Ses tableaux sont copieux en personnages. Ils sont généreux en couleurs. Lors d’une interview (1), elle nous confiait : « Je peins toujours des gens parce que j’aime les gens … et puis les animaux aussi, quand ils sont petits…. Quand je peins, j’ai plus de lumière..., plus de force aussi ».

Louisiane Saint-Fleurant - Photo extraite
du catalogue "Haïti, anges et démons" - Halle Saint Pierre, Paris
"Au jardin avec félix le chat"  - Collection Art Obscur

   Louisiane Saint Fleurant est né en 1924, dans la région au joli nom de « Petit Trou de Nippes » (Haïti). Elle donne naissance à cinq enfants qu’elle élèvera seule, suite à la mort de son mari. Excellente cuisinière, elle vend ses services auprès des familles aisées d’Haïti. C’est à l’approche de la cinquantaine, alors qu’elle est embauchée par le célèbre groupe de peintres naïfs haïtiens «Saint Soleil», qu’elle se met à peindre. « Jusqu’à l’âge de cinquante an, il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’un jour je serai devenue artiste ». A partir de 1977, Louisiane Saint Fleurant va abandonner ses fourneaux et ses casseroles pour se consacrer exclusivement à sa peinture : « Je ne sais jamais ce que je vais peindre. Je prends le pinceau et c’est seulement après que je vois ce qui sort…».
 
Femme 1991- Collection Art Obscur
Fillette - Collection Art Obscur
  Il en sort un monde de femmes et d’enfants, principalement des fillettes endimanchées de robes aux couleurs éclatantes. Il en sort de magnifiques ‘maternités’ où l’homme est absent … (à cause de la mort de son mari ?). Tout ces « gens » sont représentés au milieu d’une végétation luxuriante. Le travail de Louisiane Saint-Fleurant est également très influencé par le vaudou. Dans ses peintures et ses sculptures (argile) apparaissent souvent des «Loas» (esprits surnaturels ancestraux) représentés sous forme de ‘corps’ emmaillotés … (ses trois enfants qu’elle vit mourir ?). « La peinture a fait quelque chose pour moi. Je me suis rendu compte que quand j’ai envie de parler, de dire plein de choses ; je peins et je deviens plus calme. Alors je me dis que tout ça est dans ma peinture, que la peinture parle ». Y-a-t-il plus belle harmonie entre l’artiste et son œuvre ?

Loa 1989 - Collection Art Obscur
   Louisiane Saint Fleurant meurt le 1er juin 2005, à l’âge de 81 ans. Elle reposait en paix, dans le cimetière de Pétion-ville, jusqu’à ce jour de printemps 2010 où des bulldozers sont venu faire place nette… pour y emménager une station de bus ! Alertée, la fille de Louisiane Saint Fleurant eut le temps de sauver des décombres le crâne de sa mère et celui de son frère!... (Le peintre reconnu Stivenson Magloire, lapidé en octobre 1994 lors du retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir en Haïti).
 
La fille de Louisiane St. Fleurant.
Photo The New-York Times 18 mai 2010 - D.R.
    On peut voir actuellement quelques œuvres de Louisiane Saint Fleurant dans la très belle l’exposition «Sous le vent de l’Art Brut », à la Halle Saint Pierre (Paris).                 
 Michel Leroux (mars 2011)

(1) Interview de Louisiane Saint Fleurant réalisée par D. Batraville et J.C. Narcisse en septembre 1995.

mercredi 16 février 2011

Le fabuleux Boneyard d'Agnes Jones


   On trouve dans le numéro 27 de la revue Gazogène (l’International des Rocailleurs) la reproduction en noir et blanc de cartes décrivant le jardin de sculptures d’os d’Agnès Jones. A l’époque les informations sur cet endroit étaient quasi inexistantes. Huit ans plus tard certains voiles se sont levés permettant d’en savoir un peu plus. Je ne résiste donc pas à ressortir ces magnifiques cartes colorisées, datées respectivement de 1908 et 1914. J’ai retrouvé et traduit deux précieux témoignages de visiteurs se complétant l'un et l'autre.

Agnes Jones. Lake City, Floride. D.R. - Coll. JMC
«Agnès Jones, ancienne esclave, connue également sous le nom de Tante Aggie a développé dans le secteur de Lake City en Floride un curieux jardin qu’elle appellait The Boneyard. Cet endroit était assez populaire, accueillit de nombreux visiteurs entre 1900 et 1918. Un ensemble fabuleux de sculptures monumentales en os d’animaux assemblés avec du fil de fer. Certaines structures formaient de véritables arcades surplombant le chemin de sable blanc qui menait du portail jusqu’à sa demeure. L’intérieur de sa maison ressemblait à un petit musée d’histoire naturelle. En effet, elle y conservait des serpents en bocaux ou des squelettes d'alligators suspendus dans le vestibule. Elle s’empressait de préciser à ses visiteurs qu’aucun os humain n’avait servi dans l’élaboration de ces assemblages. Sur place, il était possible d’acheter des fleurs ou quelque chose à manger. On pouvait également se faire dire la Bonne Aventure ou écouter Agnes Jones raconter ses souvenirs ou réciter un verset de le Bible sous le regard inquiet mais admiratif des enfants devant l'étrange beauté du lieu.»     
(Ronald Bruckbauer - RoadsideAmerica)

Agnes Jones sous son arche d'os. Lake City, Floride. D.R. Coll. JMC
   Ce deuxième texte est assez insolite puisque selon la source, il a été rédigé par le visiteur directement au dos d’un jeu de ces trois cartes postales.
«Agnes Jones est une vieille femme qui vit sur place depuis fort longtemps. Elle arpente les bois et rassemble les os de toute sorte d’animaux. Des os de cerfs, de vaches ou de chevaux etc. Je crois que si elle avait pu trouver des os humains elle les aurait utilisés. Son habitation est également très étrange et troublante. En tout cas elle est très fière de montrer son jardin de sculptures et ses environs. Il est situé en bordure du lac Desoto. Elle vit seule et je crois qu’elle a bien du mal à estimer son âge. Elle est malgré tout assez vive et loquace, particulièrement si vous lui donnez la pièce. Elle vous racontera sa jeunesse et ses histoires d’amour ou bien vous parlera du temps où son clan vivait et circulait dans la région. Lorsqu’on lui pose la question, elle renonce à expliquer pourquoi vit-elle comme une ermite à l'écart de la société ; on sent bien chez cette femme, la blessure sous-jacente du passé...»   (Anonyme)

Agnes Jones dans l'allée centrale. Lake City, Floride. D.R. Coll. JMC
The Boneyard fut hélas démonté et rasé pour faire place à la construction d’un lycée 1918, année du décès d'Agnes Jones.
Agnes Jones sous son  arche d'os. Lake City, Floride. D.R.   Coll. JMC
Agnes Jones's Boneyard. Lake City, Floride. D.R.

Agnes Jones's Boneyard. Lake City, Floride. D.R.



mardi 15 février 2011

Henry Brifaut

   On m’a récemment transmis un lien qui présente le Château de Callian (Var) restauré et décoré de 500 sculptures par un certain Henry Brifaut décrit comme sculpteur autodidacte.
Une navigation claire pour un site Internet bilingue assez «stylé» laissant toutefois sourdre une communication façon  dépliant touristique qui met  l’accent sur l’aspect totalement inédit du lieu... Annoncée comme un événement, l’ouverture du château et de son jardin de sculptures est prévue en juin 2011. Un véritable «buzz» avec tarifs, visite guidée etc... On imagine le parking en contrebas. L’auteur (bombardé bâtisseur de l’imaginaire...) de cet endroit pré-muséifié est présenté ainsi :
«Henry Brifaut est né à Bruxelles en 1905. Jeune, il rêve d’être sculpteur. Issu d’une famille bourgeoise, ses aspirations artistiques sont vite découragées par son père qui n’envisage pas cette voie pour son fils. En 1958, il découvre les ruines du château de Callian, abandonnées depuis plus de 170 ans. Son amour de l’histoire et sa passion pour les vieilles pierres le poussent à les acheter en 1966. À l’âge de 61 ans, il relève le pari audacieux de faire renaître le château de ses ruines. Onze années de travail titanesque rendent à l’édifice son allure médiévale réalisant également de façon autodidacte plus de 500 sculptures, gargouilles, moulures etc... »

   On peut effectivement saluer la foi et l’energie qu’il aura fallu pour réaliser ce rêve et si les pierres sculptées présentées à l’écran refletent un imaginaire riche et nourri de références éclairées, il faudra bien évidemment juger sur place. On imagine déjà cette bâtisse rejoindre directement les futurs guides et autres inventaires tentaculaires de lieux inspirés.

mercredi 9 février 2011

La French Touch(e) à New-York

La  galerie Impaire et le Creative Growth Art Center d'Oakland seront présents les 11, 12 et 13 février sur le stand 11 de l'Outsider Art Fair de New-York. L'occasion pour Gaela Fernandez d'y montrer ses poulains de la French Touch(e), une expo qu'elle avait organisée en étroite collaboration avec Jean-Christophe Philippi courant mars 2010 à Paris. Seront donc exposés : Pierre  ALBASSER, Gustave CAHOREAU, Patrick CHAPELIERE, Jean-Michel CHESNE, Jill GALLIENI, Jean-Paul HENRY, Alain PAUZIE, Jean-Christophe PHILIPPI, Yvonne ROBERT, Gérard SENDREY. Gageons que les américains amateurs d'art auront un œil bienveillant sur nos travaux....



vendredi 4 février 2011

Captain Beefheart & His Magic Band



   Y’a pas que l’art populaire dans la vie, heureusement ... Un peu de musique pour changer d’autant que le mois dernier un de mes héros est mort. Je veux parler de Don Van Vliet allias Captain Beefheart. Hurleur de tripes sur les traces de Howlin’ Wolf est l’un des musiciens de la pop américaine les plus originaux de sa génération. Copain d’adolescence et vieux complice de Frank Zappa il a produit dès la fin des années 60  avec son groupe "Magic Band" une musique déroutante par son aspect déconstruit, expérimental et révolutionnaire et donc completement outsider à l'époque. J’ai eu la chance de le voir à Paris en 1978 (ça nous rajeunit pas) sous un affreux chapiteau quelquepart à la Courneuve ou à la Porte de Pantin. Concert organisé à l’occasion d’une fête du PSU... Je crois qu’il y avait également the Daevid Allen New York Gong... sacré programme. Je mets trois vidéos qui retracent chronologiquement l'inspiration «blues déglingué» du Captain. Il paraît que c’était aussi un bon peintre. A noter enfin que l'excellente émission Songs of Praise d'Aligre FM a consacré toute l'heure à Beefheart le 3 janvier dernier. Emission téléchargeable et écoutable sur ce lien.


Diddy Wah Diddy est un standard de Bo Diddley maintes fois repris par de nombreux groupes.



Une curiosité puisque ce concert a lieu sur la plage de Cannes le 27 janvier 1968.



La version live de Click Clack. Je crois pouvoir dire sans trop me tromper qu'on aperçoit Roy Estrada à la basse et Art Tripp aux percussions (tous deux respectivement ex bassiste et batteur de Frank Zappa & The Mothers of Invention). Du pur free blues déjanté, du bon gros tatapoum. Torride !

mardi 1 février 2011

La Tour Eiffel à Malakoff

Robert Doisneau. Raymond Fasquelle et la tête de taureau, 1953. D.R.

   J’ai rencontré Charles Soubeyran l’été dernier dans les contrées lotoises de J. F. Maurice. Tous trois nous avons effectué quelques brutes virées. Nous avons notamment rendu visite à Martial Besse. Je parlerai de cette journée dans une très prochaine note. En attendant j’ai refeuilleté l’ouvrage de C. Soubeyran sorti en 2004 aux éditions Le temps qu’il fait : «Les révoltés du Merveilleux». Un parcours iconographique comparé entre Robert Doisneau et Gilles Ehrmann. Tous deux ayant promené la pellicule chez quelques créateurs populaires. C’est ainsi que je suis retombé sur un cliché pris à Malakoff, ma ville d’adoption depuis 25 ans. Il s’agit d’une photo de 1953 montrant Raymond Fasquelle à côté d’une tête de taureau recouverte de mosaïque. On ne sait rien de cet homme. On devine qu’il était maçon peut-être carreleur. En tout cas il existe une vue plus large de la cour de son pavillon qui montre une Tour Eiffel, et un grand transatlantique. J’ai facilement retrouvé la trace de cette seconde photo. Quelques recherches succintes n’ont pour l’instant rien donné mais s’il est possible que certains objets aient disparu, je ne désespère pas de retrouver l’adresse de cet endroit.

 
Robert Doisneau. Raymond Fasquelle à Malakoff, 1953. D.R.


mercredi 19 janvier 2011

Cartes postales du mois

Les Rochers sculptés de Rothéneuf - (Coll. JMC)
   Puisque 2010 fut l’année Rothéneuf avec deux publications dignes d'intérêt (La revue L'Or aux 13 Iles et l'ouvrage de Jean Jéhan "Rothéneuf, au temps des Rochers sculptés") et une célébration sur place pour le centenaire de la mort de l'abbé Fouré,  j’en profite pour sortir du stock 4 cartes postales très rarement voire jamais reproduites. Ces éditions sont moins courantes car il s'agit de cartes doubles dites panoramiques envoyées telles quelles mais le plus souvent pliées en deux et donc fragilisées. Il est assez difficile d’en trouver des exemplaires intacts. Ces magnifiques vues des Rochers permettent un large recul et rendent compte encore davantage dans sa globalité, de l’œuvre de l’ermite, même si l'échelle en est trompeuse en photographie. En effet, nombreux sont les visiteurs surpris par la différence entre leur perception de l’espace in situ et l’idée qu’ils s’en faisaient grâce aux cartes ou aux photos.  
(Cliquer sur les images pour les agrandir)

A noter que ce plan montre en bas de la carte avec précision  les nombreuses personnages sculptés.  (Coll. JMC)
L'abbé Fouré et son aide.  (Coll. JMC)
L'ermite sculptant les rochers nous dit la légende. Il faudrait plutot dire : l'ermite prenant la pause car comme pour les cartes postales du Facteur Cheval il est bien évident que l'œuvre de l'abbé est pratiquement achevée lors de ces prises de vue.  (Coll. JMC)

Une sculpure en bois de l'abbé Fouré réapparaît !

Abbé Foué - Bouquet de roses - D.R.
Article de V. David paru dans Le Pays Malouin du 23 décembre 2010.
   Si les rochers sculptés par l'abbé sont encore (pour partie) visibles sur la falaise, on croyait ses bois disparus. La journée du 18 décembre 2010 célébrant le centième anniversaire de sa mort, a été l’occasion d’une découverte : une femme détenait une petite sculpture chez elle, héritée de sa mère.
    Ce sera le petit miracle du jour dans la nouvelle salle de quartier de Rothéneuf : alors que l’ association «Les amis de l’œuvre de l’abbé Fouré» organisait une journée rétrospective, une femme est venue, un sac plastique à la main. Dans ce sac il y avait une sculpture en bois de l’abbé Fouré datée 1904 ! Une petite œuvre représentant un bouquet de roses, avec sur son socle, la signature gravée de l’abbé et de la même écriture la mention : «l’ermite de Rothéneuf».
200 sculptures en bois
   Sous nos yeux une œuvre originale remontait des âges. Précieuse redécouverte car des quelques 200 sculptures en bois, il ne reste rien (1). On a pu entendre qu’elles brûlèrent mystérieusement en 1940, ou qu’elles furent détruites dans un bombardement. Les dernières rescapées ont été dispersées lors d’une ultime vente aux enchères dans les années 1980 à Saint-Malo, où son fauteuil s’était vendu 3800 francs (580 euros).
   Jacqueline, la propriétaire de cette petite sculpture habite Saint-Malo. Elle était loin de penser qu’elle était en possession d’un tel témoin du passé. Elle trône sur la cheminée et l'époussette de temps en temps, depuis qu’elle l’a héritée de sa mère... «Ma mère s’appelait Joséphine Macé, elle était née en 1899. Cette pièce lui avait été offerte en 1911 pour sa communion solennelle. je le sais parce qu'il y la date en dessous mais je ne sais pas par qui. J’ai longtemps pensé que c’était l’abbé lui-même, mais puisqu’il est mort en 1910 ça ne colle pas... En tout cas, il devaient se connaître puisque maman travaillait en ferme à Jacques Cartier à Rothéneuf : elle portait le lait de porte en porte alors j’imagine bien qu’elle devait aussi déposer du lait chez l’abbé. Quant à moi, cette sculpture, je l’ai toujours connue car maman l’a toujours gardée.»
   Avec humour, Jacqueline ajoute : «Je vais dire à mes enfant que lorsque je ne serai plus là, ils devront en prendre bien soin, compte tenu de ce qu’elle représente !»    V.D.

(1) A noter qu’on peut voir dans la collection Laracine montrée au LAM de Villeneuve d’Ascq une sculpture non certifiée,  probablement douteuse et rapidement attribuée à l’abbé Fouré (jmc).

samedi 8 janvier 2011

Alexis Le Breton et sa «Seigneurie de la Mare au Poivre»

    C’est ainsi qu’Alexis Le Breton nomma son domaine boisé, terrain de cinq hectares qu’il acheta spécialement pour sa retraite, au moment où il arrêta son activité professionnelle d’agriculteur. Ce terrain est situé sur la commune de Loqueltas, à quinze kilomètres de Vannes, au lieu-dit « La mare au sel »…

Alexis Le Breton dans son domaine au début des années 2000.
Photo provenant de l'album familial de Madame Pasco. D.R.
    Pendant vingt trois ans, jusqu’à sa mort survenue en l’automne 2009 à l’age de quatre vingt ans, Alexis Le Breton va entretenir son parc, et y effectuer de nombreuses plantations. Aujourd’hui, cet arboretum contient plus de deux cent espèces végétales, dont certaines très rares (piment royal, etc.). C’est également là, dans sa « Seigneurie », que pendant plus de vingt ans il va creuser (fontaine, étang), bâtir (refuge, moulin, chapelle, ect.), et y installer ses sculptures (près de deux cents).

" ICI ON ENTEND GAZOUILLER LES ELEPHANTS "


"TU N’AURAS PAS MA FILLE, MEUNIER …"


   Alexis Le Breton sculptait le matin, à la maison familiale. Ensuite seulement, aidé de sa famille et amis, il transportait ses énormes sculptures (pierre, bois) jusqu’à son parc pour les y installer de part et d’autre d’une allée de deux kilomètres serpentant le domaine. L’emplacement d’une sculpture était toujours stratégiquement étudié. Depuis son décès, sa fille Marie-Thérèse Pasco entretient et nous fait découvrir ce lieu inspiré en l’ouvrant au public. Le visiteur est accueilli par une inscription, sculptée sur un bloc de pierre, qui donne le ton … : « ICI ON ENTEND GAZOUILLER LES ELEPHANTS ». En effet, Alexis Le Breton aimait déposer aux pieds de ses sculptures des petits textes peints ou gravés, textes/rebus sous formes de ‘pensées’ parfois mystiques, de sentences souvent politiques, d’aphorismes toujours empreints d’humour.


"PAYSANS, DU TRAVAIL, TU EN AURAS.
DE L’ARGENT, TU T’EN PASSERAS."


   Cheminer le long de ce sentier de deux kilomètres ressemble à un parcours initiatique, un parcours qui nous emmène de la vie (le plan d’eau) à la mort (le petit cimetière). Alexis Le Breton nous fait partager sa passion pour les plantes et nous montre son amour pour le travail, son cœur à l’ouvrage symbolisé par cette inscription devant des ruches : « ICI PAS DE POLITIQUE, ICI ON BOSS » Et quel ouvrage ! Des dizaines de sculptures en bois et en pierre jalonnent de part et d’autre le sentier. Son travail sur pierre est d’une superbe et bouleversante naïveté. « Il n’avait jamais buriné quoi que ce soit durant sa vie active » nous dit sa fille. C’est donc à sa retraite qu’Alexis Le Breton va devenir un véritable créateur d’art populaire. Les thèmes qu’il aborde au travers de ses différentes sculptures sont ceux qui préoccupent tous les hommes : l’amour « ADAM et EVE », la religion « LE CHRIST BRETON », la mort avec ses tombes sculptées formant un petit cimetière, mais aussi l’érotisme « OH. CHERIE JE T’AIME » et bien sur la politique. Ce mélange du sacré et du profane, de la religion et du sexe, nous rappelle que nous sommes en Bretagne…


" PREND PITIÉ, JE SUIS ATHÉE. "


   Alexis Le Breton aimait recevoir ses amis dans son lieu insolite, et y faire la fête. Il aimait également transmettre aux visiteurs ses dons de sourcier. Il les accueillait habillé de son costume traditionnel : pantalon bouffant, sabots, et chapeau agrémenté d’une plume de coq. Ses larges rouflaquettes lui donnaient forte personnalité, et derrière son côté provocateur à l’humour décapant, il dégageait également une grande sensibilité pétrie de sagesse. Alexis Le Breton nous laisse une œuvre émouvante, l’oeuvre d’un authentique auteur d’art populaire.  (Cliquer sur les images pour les agrandir)
Michel Leroux (Octobre 2010)  
Photos Michel et Roger Leroux.


" BAR POIVRÉ :
20 BLANC LE MATIN, 20 ROSÉ LE MIDI, 20 ROUGE L’APRÉ MIDI
NOIR LE SOIR. "


" JESU.A.DI.O.POVR KI.NA.PA.2.20 BOI.2.LO. "


A signaler que Bernard Dattas prépare actuellement une serie limitée de livres objets sur ce lieu inspiré. Le texte et les photos ci-dessus seront intégrés à cet ouvrage.

vendredi 19 novembre 2010

Cartes postales du mois


   La carte postale ancienne a couvert pratiquement tous les sujets. Le régionalisme en constitue la grosse part mais on trouve également moultes curiosités. C’est ainsi que les créateurs de modèles réduits et leurs œuvres furent également largement photographiés. Le dernier numéro de Gazogène et ces quatre nouvelles cartes exceptionnelles en témoignent. Ici l’originalité réside dans le fait que les auteurs de ces maquettes ont représenté le cadre difficile de leur vie de labeur. Une vie héroïque mais misérable procurant un emploi, un logement et de quoi se nourrir toute l'année quitte à supporter également le paternalisme des compagnies de l’époque. Ces cartes plutôt rares, montrent de l'omniprésence industrielle du charbon sur le territoire français puisque qu’elle décrivent le charbonnage aux quatre coins du pays.
  
La Houve est une mine de charbon des Houillères du bassin de Lorraine située en Moselle sur ou plutôt sous la ville de Creutzwald et ses environs. Elle tient son nom de la forêt de La Houve située aux abords de Creutzwald.  (Coll. JMC)
Incroyable cliché du fameux concours Lépine des petits inventeurs de 1911 ! Cette carte montre la reproduction des mines du Cros à St. Etienne. Elle fut réalisée par le mineur Gonin  ayant participé au sauvetage de la catastrophe de juillet 1889. (Coll. JMC)
Du charbon à Laval ! Ces mines d'anthracite étaient principalement situées sur la commune de la Bazouge de Chémeré, à l'ouest de Laval". Elles ont été exploitées dès 1821 et sont restées en activité jusqu'en 1986. On extrayait un charbon de qualité médiocre qui alimentait les fours à chaux de la région. Cette maquette a été réalisée par un cafetier de Laval. (Coll. JMC)
La légende au dos dit : "Ce charbonnage miniature, véritable chef-d'œuvre de mécanique, est l'œuvre patiente d'un ouvrier ajusteur, M. Armond Carlier, de Baudour. Pour cette réalisation 2300 heures de loisirs furent employées par l'auteur. (Coll. JMC)

jeudi 11 novembre 2010

La vérité sur Prosper Gilis !

Pour faire suite et completer ma note  sur notre visite estivale chez Gilis (voir plus bas), jean-François-Maurice propose de précieux et poignants éléments qui portent un éclairage différent sur les conditions réelles de la création de cet endroit.

Témoignage et documents nouveaux sur le «Manège enchanté» de Gilis près de Bonaguil (par JF Maurice)

   Nous croyons tout savoir sur les sites les mieux connus de notre région mais ces créations singulières nous réservent toujours des surprises ! C’est mon ami Denis Lavaud et sa revue Zon’Art qui m’avaient sortis de mon sommeil dogmatique en me demandant tout simplement le prénom de celui que nous appelions tous Monsieur Gilis. Je suis donc retourné une nouvelle fois sur les lieux et j’ai passé l’après-midi avec la veuve de Monsieur Gilis que je connaissais de très longue date puisqu’elle était cuisinière à Bonaguil dans les années soixante-dix et donnait la soupe à mon ami « Froment » qui y exposait à cette époque. Comme quoi les plus familiers ne sont pas les meilleurs témoins !  Le prénom usuel de Monsieur Gilis est Jean. Mais ce n’est pas son vrai prénom ! En réalité, il s’appelait Prosper Gilis mais, comme me l’a dit sa veuve, il n’aimait pas du tout ce prénom ! Prosper Gilis était donc maçon et la construction du site commence avec sa maladie car ce petit site enchanteur est en fait emprunt de tragédie. Nous sommes fin 1967, début 1968. Jean Prosper Gilis souffre de « sciatique ». Son travail artistique s’est limité jusque la à un buste de Napoléon, pour lequel il avait semble-t-il de l’admiration, en vaisselle cassée façon mosaïque sur la terrasse en ciment de sa maisonnette. Gilles Séraphin, l’inventeur des graffiti de la Grosse tour du château de Bonaguil, m’a décrit les lieux à l’époque comme un capharnaüm avec vieilles carcasses de voitures et autres joyeusetés. Or la « sciatique » est en réalité un cancer de la vessie qui évoluera en cancer généralisé. Gilis meurt en 1974, à soixante-sept ans.
    C’est donc selon le témoignage de sa veuve en moins de six ans avec une activité fébrile durant trois ans que ce site a été réalisé. Plus incroyable encore, c’est un homme alité qui était à l’ouvrage. En effet, Jean Prosper Gilis travaillait devant sa cheminée allongé sur une chaise longue. On lui apportait une gamelle de ciment, du plâtre et du ciment prompt. Il façonnait ses personnages en papier journal qu’il liait d’abord avec des ficelles puis avec du fil de fer. Il passait ensuite des couches et des couches de ciment, utilisant le plâtre pour le premier modelé des visages et le ciment prompt comme durcisseur mais surtout comme imperméabilisant. Ensuite les animaux et autres personnages étaient peints. Si, dans les premières années, Jean Prosper Gilis allait lui-même installer ses créations, ensuite il indiquait de sa terrasse, l’emplacement qu’il souhaitait pour organiser son jardin du rêve.
  
   Il me faut maintenant détruire une légende, légende que j’ai moi-même contribué à répandre. Jean Prosper Gilis a effectivement réalisé son auto-portrait. Et tous de répéter, y compris moi, que le personnage en haut du site, à côté du Général De Gaulle, c’est Gilis. Eh bien non, absolument non ! La réalité est à la fois plus cocasse et plus tragique : plus cocasse, car cet homme, ce petit homme, c’est le percepteur ! Plus tragique car l’autoportrait est une des dernières pour ne pas dire la dernière sculpture réalisée par Gilis. Il avait tellement l’angoisse de ne pas réussir à la finir qu’il en devenait fébrile. « Il s’énervait, il se mettait en colère, il n’y arrivait pas, il gâchait… », me raconte sa veuve, « il lui faut terminer rapidement, il a peur de pas pouvoir, il a recommencé plusieurs fois… ». Alors se réalise l’impensable : Jean Prosper Gilis va mettre son visage sur le corps d’une autre sculpture, celle du gendarme, ajoute la casquette ! Oui !, l’autoportrait authentique de Gilis c’est le gendarme qui de son bâton blanc intime l’ordre au passant de s’arrêter au portes du rêve ! Ce que confirme, si besoin en était, tous les symboles du maçon qu’il était figurant sur le pilier derrière lui. Sans oublier la rare photographie de son visage, pieusement conservée par sa veuve.