mardi 25 septembre 2012

André Morvan à l’ouvrage…

Photo Michel leroux
   Il est un lieu où j’aime amener mes amis quand ils viennent me voir en Bretagne. Ce lieu est un bar où des musiciens et des danseuses faits de bois mort nous entrainent dans leurs danses imaginaires. Il s’agit du bar du Mont Salut, sur le bord de la route entre Auray et Plouharnel. André Morvan, l’auteur de ces fabuleux assemblages, est d’une incroyable discrétion lorsque les nombreux estivants s’arrêtent pour prendre quelques photos. Cet été, en compagnie de mes amis Catherine et Jean-François Maurice (animateur de la revue Gazogène), j'ai eu la chance de voir André Morvan travailler. Du haut de son escabeau, il réparait le chapeau de l'une de ses danseuses. Nous échangeâmes un « bonjour » puis, voyant qu’il me reconnaissait, je me suis risqué à lui poser quelques questions à propos de la restauration et de la conservation de ses ‘sculptures’. Alors que d’habitude il laisse le visiteur sur sa faim en disparaissant, ce soir là il poursuivit  son travail tout en répondant à mes interrogations… Merci donc à André Morvan de nous avoir ainsi fait partager ce moment privilégié de le voir à l’ouvrage.
Michel Leroux (Septembre 2012)   
 
Photo Michel leroux
Photo Michel leroux
Photo Michel leroux

Photo Michel leroux

mercredi 29 août 2012

The Old Curiosity Shop de Ballarat

   J’avais soupçonné l’existence de cartes postales anciennes concernant “The Old Curiosity Shop”, la maison de coquillages de Ballarat en Australie, en 2000 à l’occasion d’un article paru dans le n°31 de Raw vision consacré à cet endroit. On y voyait reproduit pleine page une photo visiblement très ancienne. Effectivement, quelques années de recherches ont permis de rassembler une douzaine de cartes dont certaines sont reproduites dans le hors-série de Gazogène “N’oubliez pas l’artiste !”.

James et Caroline Warwick                         Coll. JMC
 
Details de l'intérieur.                                                                         Coll. JMC

Details de l'intérieur.                                   Coll. JMC

Couverture de la revue "Lecture pour tous"
   En 1907 la revue “Lecture pour tous” consacrait des textes au facteur Cheval et aux Rochers sculptés de Rothéneuf dans un article titré “Excentriques confrères de nos artistes”. Il est touchant de voir que bien avant les théories sur l’Art Brut le caractère singulier de ses productions est déjà décrit et souligné. Mais la revue n’en était pas à son coup d’essai puisque qu’en chinant, je viens de découvrir qu’un numéro daté de mai 1900 relate l’existence de la maison de coquillages de Ballarat. Pour un confort de lecture j’en reproduis là un large extrait, qui reste une simple description des lieux.

Coll. JMC

“... Une maison entièrement revêtue de coquillages, à l’intérieur comme à l’extérieur existe à Ballarat, une localité située en Australie. Elle est la propriété d’un fabricant de briques et de moulages qui a orné non seulement les murs de la façade de son immeuble mais les ustensiles les plus divers qui y sont renfermés, vases, statuettes, lampes, bassins, supports, d’innombrables variétés de coquillages, de toutes dimensions et toutes couleurs, depuis les énormes coquilles Saint-Jacques jusqu’au minuscules coquillages roses dont certaines peuplades se font encore des colliers. La maison en coquillages, dont nous donnons ici la reproduction photographique, est visitée chaque année par des milliers de curieux, et elle est certainement l’une des plus intéressantes attractions de la contrée où elle s’élève.”
 
James et Caroline Warwick                        Coll. JMC
The Old Curiosity Shop
   Situé dans la partie est de la ville australienne de Ballarat (province de Victoria, au nord-ouest de Melbourne, au cœur de l’ancien district aurifère), Old Curiosity Shop qui existe toujours est le fruit du travail de toute une vie; Son auteur James Warwick était maçon briquetier de son état, né en 1822, il débarque en 1855 avec sa femme Caroline, en Australie, à la recherche de l’or. Pourtant, la même année, il commence à décorer un petit coin de sa modeste maison. Ce sont les enfants du quartier qui lui amèneront pour quelques sous, les débris de vaisselle, les fragments de porcelaine, des tessons de bouteille, et autres récupérations de toute sorte mais également de toute taille. A l’origine, la maison et le jardin étaient entourés par un haut mur de briques surmonté de morceaux de verre.


Les aménagements extérieurs                                                               Coll. JMC

   A l’intérieur, l’accumulation défiait toute description. On remarquait cependant sur le mur situé à gauche du portail d’entrée une foule de têtes de poupées aux yeux vides tandis que d’autres frises, composées elles aussi de têtes de poupées rangées par demi-douzaines, entouraient une tête de porcelaine représentant une vieille femme. S’agissait-il d’une fresque symbolisant les âges de la vie ? Ailleurs, une accumulation de boites de médicaments formait un soleil levant. Le mur ouest de la maison était recouvert de coquillages formant un décor géométrique. Le mur sud était, lui, composé de morceaux de verre colorés et de bouts de miroirs. Le reste formait une mosaïque incroyable avec d’énormes coquillages, des coquilles de nacre, des décors de récupération, des tuiles et autres artefacts ornés, des vasques, des vases aux formes étranges.
A l'extérieur, un mur de têtes de poupées...  Coll. JMC
   Dans la maison, Caroline Warwick avait elle aussi imprimé sa marque avec des rideaux, des coussins, des œuvres au crochet, des patchworks et autres tapisseries. Sans oublier d’incroyables éventails réalisés avec les plumes du cacatoès qui fut leur fidèle compagnon et que l’on voit posant sur notre carte postale. Après avoir ouvert au public leur jardin en 1895, James Warwick meurt le 9 août 1898 et sa femme s’éteint trois ans plus tard. (Gazogène, 2008)

vendredi 3 août 2012

JOHN HENRY TONEY

   Pour faire suite et compléter l’exposition “American Folk Art” qui se poursuit jusqu’au 31 août à Belaye (Lot), j’entame ici une petite série d’articles consacrés à quelques artistes, parmi mes favoris présentés sur place.

   Né en 1928 dans l’Alabama, John Henry Toney n’a fréquenté l’école que 6 ans avant de revenir aider sa famille à la ferme. Il a toujours aimé dessiner mais un jour lorsqu’il était jeune homme, il se fit licencier car il avait dessiné le portrait de son patron ce qui lui fit stopper net le dessin. Plus tard en 1994, un évènement inattendu allait bouleverser le cours des choses : un jour, il travaillait dans un champ lorsqu’il vit dépasser de la terre un navet qui avait l’allure d’un visage humain. Persuadé qu’il s’agissait là d’un signe divin, il se remit à dessiner de façon soutenue.


Coll. JMC
   Utilisant des stylos feutres et des marqueurs, il développe depuis cette date un univers à la frontière du réel et de l’imaginaire peuplé d’animaux, personnages extravagants projetés dans une époque qui rappelle parfois un Far West rural. D’un trait sûr et sensuel, il décrit des scènes étranges où les hommes sont parfois plus petits et insignifiants que les femmes dont il surcharge outrageusement les vêtements et qu’il affuble de coiffures délirantes. Dans certains dessins la figure féminine est presque caricaturée avec des poitrines proéminentes et des attributs exagérés ce qui reflète peut-être la culture dans laquelle J. H. Toney a été élevé et où la fertilité et la famille nombreuse étaient source de fierté.

Coll. JMC

Coll. JMC
   Son importante signature suivie de son âge est intégrée au dessin sur lequel il inscrit également de façon très visible son numéro de téléphone et même parfois son adresse ou la date d’expiration de son permis de conduire... Il est somme toute très fier de ses dessins et n’hésite pas à dire avec humour : “...c’est pas pour me vanter mais une fois de plus, cette image frôle le génie !”
Coll. JMC
Coll. JMC
   Il ne sait à peine lire et son langage est rudimentaire et rustique ; il ne regarde jamais la télévision et il n’a jamais voyagé loin de chez lui et c’est l’observation de son environnement direct qui lui apporte son inspiration. C’est un homme humble, philosophe et extrêmement poli qu’une éducation simple, faite de dur labeur et de privations, n’a pas empêché d’acquérir un sens aigu des valeurs. Il est très croyant et ses anciennes œuvres faisaient souvent référence à la Bible, ce qui contraste avec les nombreuses superstitions auxquelles il attache une réelle importance.
Coll. JMC
   Il y a encore deux ans, il vivait dans un mobile home sans confort situé au bord d'un marécage infesté d’alligators. Sans eau courante, le chauffage se limitant à un petit appareil électrique, il a fini par se faire expulser de cet endroit et survit aujourd’hui grâce à l’aide de quelques voisins qui l’hébergent et de certains de ses admirateurs.
Coll. Galerie Degbomey
   John Henry Toney est l’un des représentants du Black Folk Art auquel je suis le plus attaché. Ses dessins inventifs et dotés d’une forte présence en font un artiste à rapprocher d’Henry Speller dont je parlerai plus tard.  Des scènes étranges où la vie quotidienne rurale côtoie une sorte de chamanisme coloré. Des visions oniriques dans un style grotesque maitrisé où l'humour n'est jamais loin. Si certains amateurs lui sont fidèles depuis quelques années, il faut bien reconnaitre que son travail a longtemps été boudé. Peut-être faut-il mettre en cause l’utilisation du feutre qui effraie et éloigne les collectionneurs. En attendant, un bel article lui a été enfin consacré dans la revue Raw Vision (n°72, printemps / été 2011).
 
Coll. Galerie Degbomey

mercredi 30 mai 2012

Mr Imagination (1948 - 2012) He's gone...

Gregory Warmack alias Mister Imagination est décédé aujourd'hui 30 mai des suites d'une infection du sang pour laquelle il était traité depuis trois mois.

Greg dans le jardin en 2009

Je perds un ami...

dimanche 6 mai 2012

American Folk Art dans le Lot

   Le Folk art américain n’a pas souvent eu l’occasion de traverser l’Atlantique. Le dernier évènement marquant fut la grande exposition des collections de Chicago, organisée en 1998 à la Halle Saint-Pierre de Paris sous l’égide de Laurent Danchin. La revue Gazogène est donc fière de pouvoir inaugurer son nouveau lieu avec cet ensemble de plus de 80 œuvres.



Salle du Couvent à Bélaye                                                Photo JMC
 

   Mais qu’entend-on par Folk art ? Sachant que la notion d’Art Brut n’existe pas aux États-Unis, ce terme englobe une terminologie plus large et finalement peut-être plus commode pour définir les productions de créateurs qui sont en général tous autodidactes. Lorsqu’en Europe et plus particulièrement en France, nous tentons de compartimenter les divers courants que sont l’Art Brut, l’art populaire, singulier, naïf etc., les anglo-saxons règlent le problème en n’utilisant qu’un seul terme. On trouve bien évidemment des variantes à cette dénomination telles que le Self taught art, l’art Outsider ou le Visionnary art.

Mr Imagination   (Coll. JMC)                                             Photo JMC
Richard Burnside (Coll. JMC)
   Nous proposons 14 représentants significatifs de cette forme d’art aux États-Unis avec une prédominance pour le Black folk art: des artistes  issus du Sud profond (Deep South) et dont les histoires personnelles font preuves d’étonnantes similitudes. Des histoires difficiles, rurales pour la plupart, qui ont cristallisé une mythologie de l’enfance, du labeur, du quotidien, l’angélique côtoyant le sordide. Des thèmes communs pour des personnes ayant parfois subit la ségrégation raciale mais le plus souvent animés d’une foi intense.
John Henry Toney (Coll. JMC)
   Nous sommes là en présence d’images qui vont bien au delà de l’art populaire, car elles sont le fruit de la solitude et d’une intense nécessité de créer. Si ces œuvres ont longtemps été ignorées par les marchands qui les méprisaient, elles sont depuis quelques décennies intégrées dans les musées et les plus grandes collections.
Au programme : T. Brown, R. Burnside, T. Gordon, S.L. Jones, J. Kurhajec, R. A. Miller, Mr Imagination, M. Proctor, H. Speller, M. Tolliver, Mary T. Smith, J. Lee Sudduth, J.H. Toney, W. White.
R. A. Miller - Tôles découpées  (Coll. JMC)                                        Photo JMC

lundi 30 avril 2012

Les archives ESCARD

   Le prochain numéro de GAZOGÈNE est sous presse. J'en ai pris cette fois encore la responsabilité graphique. Il devrait sortir le 19 mai prochain à l'occasion du vernissage de l'exposition ART BRUT AMERICAIN / AMERICAN FOLK ART qui se tiendra à Bélaye dans le Lot (voir détails dans la note ci-dessus). Il sera entièrement consacré aux archives d'André Escard qui a parcourut la France pendant plus de quinze ans à la découverte et à la rencontre de créateurs hors normes. Ce vaste ensemble de documents fera l'objet de deux numéros. Chaque numéro comprendra 78 pages environ dont plus de 50 pages couleur.
  
  
   Priorité est donnée à l'image.  150 photos d'environnements insolites et populaires ainsi que des documents inédits à propos de créateurs autodidactes rencontrés par André et Michou Escard à partir de 1985.  Petit Pierre, Gabriel albert, Chomo, Charles Billy, Marcello Cammi, Albert Chasseray, Fernand Chatelain, René Escaffre etc... sont au sommaire de ce premier tome.
  
Raymond Dreux

Raymond Guittet
   A l’automne suivra la parution de la deuxième partie de la publication des archives d’André Escard qui réserve encore des surprises.

Dès à présent vous pouvez commander ce numéro
en envoyant un chèque de 20 €
(18 € + 2 € de port = 20 €) à l'adresse suivante :
Librairie Ancienne RAPAUD
1, place de la Libération, 46000 CAHORS
(Chèque à l’ordre de : Association des Amis de "Gazogène")

mercredi 28 mars 2012

Un américain à Paris

   Le mois de mai approche et le projet d’expo autour du folk art américain prend forme ; Elle aura lieu dans le Lot sur les terres de Jean-François Maurice (Gazogène) qui me propose d’inaugurer son nouveau lieu en montrant une dizaine d’artistes de ce courant. Il est encore un peu tôt pour en parler davantage mais en attendant, je mets un petit coup de projecteur sur Mister Imagination (Gregory Warmack) qui est l’un des créateurs majeurs de l’art outsider noir-américain vivant.
 

Mr Imagination à Malakoff en 2009.                       Photo JMC
       Poupée au sceptre                                                 Coll. JMC         

Auto-portrait                                                                   Coll. JMC
          Push broom self-portrait                            Coll. JMC          
   Il est célèbre pour les centaines de pinceaux à tête humaine qu’il ne cesse de confectionner (tous autant d’auto-portraits) ainsi que pour ses sculptures en sable de fonderie mais surtout pour l’utilisation massive de capsules de bouteilles de bières dont il recouvre ses œuvres (trônes, sceptres, poupées, statuettes, vêtements...). Toutes ces créations dans lesquelles il se représente souvent ont pour lui une vocation spirituelle mais lui permettent aussi de se transfigurer. C’est ainsi qu’on le retrouve en prêtre égyptien ou éthiopien ou en roi perse etc.
  
Pinceaux                                                               Coll. JMC
Pinceaux                                                                                            Coll. JMC


Mr Imagination dans l'atelier de Joseph Kurhajec à Paris en janvier 2009.  Photo JMC
   Début 2009, il débarquait en France chez Joseph Kurhajec à Paris pour y passer cinq semaines pendant lesquelles je l’ai piloté un peu partout dans la capitale. Personnage hautement charismatique, tout dans son comportement et son allure donne l’image d’un être à part dont on sent bien que son rapport à la vie et au monde est quelque peu hors du commun. Une attitude probablement liée aux drames qui ont marqué son existence : un mois et demi de coma après une agression par balle à Chicago en 1978 durant lequel il connut une expérience de mort imminente (NDE) puis deux incendies (celui de 2008 fut particulièrement destructeur puisque qu’il y perdit tout).
  
Mr I chez J. Kurhajec - 2009                               Photo JMC
   Mr I (prononcer Mister Eye ) affiche parfois une douce mégalomanie teintée d’humour et de second degré et son quotidien est émaillé de mise en scène qu’il partage en impliquant son entourage direct dans ses facéties. Ainsi, il n’hésitera pas à vous faire assoir dans l’un de ses trônes avec un chapeau de capsules sur la tête pour vous prendre en photo ; L’excentricité et l’auto-promotion dont il fait preuve en toutes circonstances a de quoi surprendre mais cela reste finalement assez touchant car jamais invasif ni agressif. Malgré la barrière de la langue, il entre en contact avec les gens avec une aisance et un naturel déconcertants. Il était assez étonnant de le voir arracher le sourire et la sympathie de toute personne croisant son chemin dans la rue, dans le métro, dans les boutiques ou les endroits publics.
 
Mr Imagination, Halle St Pierre - Paris, 2009.          Photo JMC
Mais c’est un faux candide qui sait pour autant qu’on le laisse faire, montrer une réelle profondeur d’âme. La force qu’il a su rassembler pour renaitre à deux reprises dans sa vie et le désir qu’il a de rebondir après ses terribles expériences font de lui un véritable phénix.
Toutes photos JMC

Une mini séquence prise dans l'atelier de Kurhajec en 2009.

dimanche 26 février 2012

L'invention rustique

   Dans le cadre de l'exposition Marcel STORR, je présenterai mon documentaire "L'invention rustique" lors de l'après-midi carte blanche au CrAB  (Collectif de Réflexion autour de l’Art Brut) le jeudi 8 mars à partir de 15h : 
Le thème de l'après-midi sera : "Architectures et écritures folles", une série d’interventions illustrées sur l’architecture fantastique dans le texte et l’image. Avec Vincent Capt, Déborah Couette et Roberta Trapani.
La projection aura probablement lieu en deuxième partie de programme.


Exposition Marcel STORR jusqu'au samedi 31 mars 2012 (inclus).
Pavillon Carré de Baudouin
121 rue de Ménilmontant 75020 Paris
Tél. 01 58 53 55 40
Accès : M° Gambetta (Lignes 3 et 3 Bis)
ou bus 26 et 96 (Arrêt Pyrénées/Ménilmontant)
Horaires d’ouverture au public : du mardi au samedi de 11h à 18h (sauf jours fériés)
Entrée libre.

Les livres-objets de Bernard Dattas

    C’est en 2000 et grâce à Denis Lavaud qui venait de consacrer quelques pages de sa revue Zon’Art à mon jardin que je fis la connaissance de son complice Bernard Dattas. Féru de littérature populaire et amoureux du livre, B. Dattas me proposa à l’époque d’inaugurer ce qui allait devenir une série de livres-objets consacrés à l’une de ses passions que sont les environnements et autres jardins inspirés.



   Récemment, j’ai eu l’occasion d’interroger ce personnage discret sur la genèse de cette édition qui rassemble à présent quatorze numéros et donc quatorze créateurs : E. Taugourdeau, A. Vanabelle, Alexis Le Breton, M. Besse, B. Litnianski, M. Espalieu, J. Grard, R. Pellé, Pierre Mathey, R. Lemière, J. Donadello, R. Escaffre, Jacques Lucas et moi-même.


Avant de t’intéresser à l’Art Brut, ta passion initiale était, je crois, la littérature et la bibliophilie.
Effectivement et en dehors du fait que j’étais professeur de lettres, je m’intéresse depuis un certain temps déjà à la littérature du 20° siècle, notamment la période qui suit le surréalisme. J’ai eu la chance de rencontrer et fréquenter régulièrement l’écrivain-chroniqueur André Vers* qui m’a fait connaitre d’autres auteurs. A l’époque, dans les années 80,  je l’aidais à dactylographier certains de ses textes et je faisais déjà quelques livres-objets. Il trouvait intéressant de fabriquer quelque chose à partir de textes et m’encouragea à poursuivre. J’ai donc continué avec les auteurs qui me convenaient le mieux comme René Fallet, Antoine Blondin, Robert Giraud etc. la littérature populaire en somme.
 
Comment est né finalement ton attrait pour les sites et les jardins insolites ?
Au départ, je m’intéressais essentiellement à l’art populaire.
Plus tard, lorsque que j’ai rencontré Denis Lavaud, à la librairie «Puce» de Dominique Lattron, rue Bouret, on s’est mis à crapahuter dans Paris pour prendre en photo les graffs, les tags et les pochoirs dignes d’intérêt. C’est comme cela qu’on a été amené à faire des livres-objets en commun plutôt sur l’art et lorsqu’il a commencé Zon’Art, on a sillonné la France pour aller à la rencontre des créateurs d’environnements. C’est ainsi qu’est née l’idée de cette série de porte-folios consacrés à ces artistes populaires.

Tu parles de porte-folios plus que de livres-objets ?
Oui, car dans ce cas, le principe est toujours le même : je fabrique une sorte de boite en plâtre que je sculpte et que je décore dans l’esprit du lieu dont je parle. A l’intérieur, j’y glisse un petit livret qui contient un texte et 13 photos prises sur place lors de nos balades. Jusqu’à maintenant,  je n’ai toujours réalisé que treize exemplaires de chaque. C’était en effet assez répétitif à fabriquer et donc il a bien fallu que je convienne d’un nombre ;
Nous faisions partie d’une association qui animait la revue "Vendredi 13" et qui ne se réunissait que les vendredis 13, ce qui m’a donné l’idée de ce nombre d’exemplaires immuable.


   

Est-ce qu’ensuite, tu envoyais un exemplaire aux créateurs concernés ?
A part Marie Espalieu ou Alexis Le Breton déjà décédés, chacun a reçu son objet ; En général les réactions étaient positives ; c’était pour eux une forme de reconnaissance. Je pense même que certains étaient assez émus.

   Effectivement, un bel hommage et un sacré travail pour une série d’objets atypiques, intrigants ;  véritables créations qui tentent, toujours de façon bienveillante, de restituer l'esprit des lieux. Bernard dattas a su conserver l'espieglerie et l'humour inhérants à cette forme d'art. Cette initiative est restée assez confidentielle même si de rares numéros ont fait l’objet d’un vernissage entre amis à la librairie de la halle St. Pierre à Paris.
Toutes photos Bernard Dattas et Michel leroux
 


* André Vers est né à Paris en 1924 et mort en 2002. Il a publié 4 livres et a bien connu Jacques Prévert, René Fallet, André Hardellet ou encore Georges Brassens.
Misère du matin (1953, réédité en 2009), Martel en tête (1967, réédité en 2006), Gentil n'a qu'un oeil (1979), C'était quand hier ? (1990).