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vendredi 2 décembre 2016

Un carnaval en bas résille....

   Cet automne, après mon passage à l'antenne parisienne de la Fabuloserie, rue Jacob, j'ai voulu rendre un petit hommage et faire un clin d'œil à Alain Bourbonnais (1935-1988) en réalisant une petite série de dessins qui reprennent le thème des Gratte-Culs que le créateur du musée  d'Art-Hors-les-Normes de Dicy développa à partir de 1976. Un ensemble d'une quinzaine de gravures/ empreintes/ monotypes tirés par ses soins à 25 exemplaires chacun. Le fait que chaque personnage pouvait être habillé ou dévêtu, teinté ou articulé différemment transformait chaque exemplaire (ses décalcomanies comme il préférait les appeler) en œuvre unique. Une famille de créatures érotico-grotesques dont je suis conscient d'avoir 40 ans plus tard un peu édulcoré (oui je l'avoue) la délicieuse outrance sauvage en l'adaptant à ma technique de dessins-dentelles.
Alain Boubonnais - Gratte-Cul II - 1976

Alain Boubonnais - Gratte-Cul XI - 1976
Jean-Michel Chesné - Eglantine I - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine II - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine III - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine IV - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine V - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine VI - 2016

Jean-Michel Chesné - Eglantine VII - 2016


mardi 25 octobre 2016

Nouvelles du front

   Concernant le deuxième volet (préemption) du problème suscité par le PLU de Malakoff j'ai le plaisir d'annoncer que la Mairie vient de nous indiquer que le retrait de notre copropriété du périmètre d’action de l’EPFIF (établissement public foncier d’Ile-de-France) doit être également acté lors d’un prochain conseil municipal et qu’il ne sera pas fait usage du droit de préemption en cas de vente d’un des 6 appartements. C'est une bonne nouvelle nous libérant davantage de la menace qui pesait sur l'endroit. En résumé : Sauvegarde du lieu avec contournement de la future rue élargie + levée de toute préemption. Après un an d'action, je vais donc clôturer la pétition après le dit conseil municipal - deuxième du genre nous concernant. Un message de remerciement sera joint à tous les signataires. En attendant, cette décision a stimulé un regain de productions de nouvelles mosaïques dans le jardin. Un manière de lui donner toujours un peu plus de consistance si d'aventure il fallait encore agir pour le protéger.





































dimanche 28 février 2016

Les Timbrés de l'art : retour de Carquefou


Alain Pauzié
   Beaucoup de monde pour une magnifique expo qui rassemble des enveloppes de Louis Pons, Michel Nedjar, Paul Duhem, Gaston Mouly, François Burland, Geha (Gudrun Albasser), Antoine Rigal, Michel Julliard, Claudine Goux, Alain Pauzié, Alain Arneodo, Gilles Manéro, Alain Lacoste, Jean-François Rieux, Mariette Pessin, Jean-Michel Chesné, etc, etc... Bravo à l'équipe du service culturel de Carquefou d'avoir réuni ces petites merveilles. Cette expo suscitera peut-être de nouvelles vocations.

François Burland
Alain Lacoste




Louis Pons et Jean-Michel Chesné
Michel Julliard et Jean-François Rieux



lundi 22 février 2016

De l'Art Posté à Carquefou

  

Le Manoir des Renaudières accueille du 27 février au 27 mars, une exposition intitulée « Art posté » qui présentera des correspondances entre artistes et plus particulièrement des enveloppes illustrées, véritables œuvres d’art créatives et singulières. Je serai présent au vernissage car certaines de mes enveloppes y seront présentées. 


   L’art posté ou plus largement le Mail Art est une manière de communiquer et d’échanger : un art graphique et un art des mots, l’union des formes, des matières et des lettres.
Jouer de l’écrit et de la création artistique, c’est bien souvent partir à la recherche du plaisir graphique et poétique. Et c’est un geste gratuit qui transite, condition incontournable, par La Poste.
Une sélection de plusieurs collections de lettres et enveloppes en volume, créées et imaginées par des artistes et/ou collectionneurs, sera présentée aux visiteurs.
La correspondance est souvent féconde. La régularité entre artistes est étonnante. Un mode d’expression et de diffusion qui résiste au téléphone et multimédia…
Enveloppes-collages, enveloppes dessinées au crayon, à l’encre, à l’acrylique, enveloppes-rébus, enveloppes–objets, enveloppes graffitis… chacune se nourrissant ainsi des formes, du timbrage, de l’écriture des adresses ou encore des tampons et cachets…
Vernissage le samedi 27 février à 16h
Visite commentée le dimanche 6 mars à 15h30
Ouvert les mercredis, samedis et dimanches de 14h à 18h ou sur RDV
Renseignements : culture@mairie-carquefou.fr - 02 28 22 24 40






jeudi 18 février 2016

Quelques nouvelles du jardin...


  
    Comme je l'attendais depuis plusieurs longues semaines, le compte rendu détaillé du conseil municipal du 16 décembre dernier a enfin été publié. On y retrouve la séquence et les propos que j'ai entendus ce soir là ainsi que le vote qui a suivi entérinant cette décision. Je vous fait partager l'extrait.
   Je l'ai déjà dit, il ne s'agit que de la première partie du problème puisqu'il nous reste encore à essayer de faire lever la préemption qui plane sur notre copropriété.
"...À propos de l’OAP rue Avaulée, M. Cormier tient à confirmer comme indiqué dans l’annexe n°4 que l’oeuvre d’art brut que constitue la grotte de M. Chesné a été prise en compte et sera préservée ainsi que le bâtiment dans lequel il développe son activité. Des dispositions ont donc été prises pour modifier ce périmètre au niveau de l’OAP d’Avaulée... "
Pour l'instant, je maintiens la pétition encore quelques temps.
Encore un grand merci à tous ! JM

vendredi 6 novembre 2015

Pétition pour la Sauvegarde de la Grotte et du Jardin de Malakoff



RAPPEL
La petite copropriété qui abrite ce que j'ai construit depuis 18 ans : la Grotte l'ensemble des mosaïques est en grave danger de destruction. En effet la commune de Malakoff a mis en place un nouveau plan d'urbanisme (PLU) qui fait que la rue Avaulée à Malakoff est frappée d'alignement. Pour qu'une fois de plus, ce type d'environnement populaire et inspiré ne disparaisse pas, une action se  met actuellement en place. En signant cette pétition (lien suivant) vous participerez au soutien et à la sauvegarde de ce lieu insolite et poétique :
https://www.change.org/p/les-%C3%A9lus-sauvegarde-du-27-rue-avaul%C3%A9e-la-maison-la-grotte-de-malakoff-et-le-jardin-de-mosa%C3%AFques?recruiter=420780182&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=share_email_responsive
Merci à tous.






dimanche 1 novembre 2015

La Grotte et le Jardin menacés à Malakoff


Pour l'instant ne pas diffuser cet article sur Facebook. Merci


    Comme la plupart d'entre vous le savent, surtout ceux qui me connaissent un peu, ma visite au Palais Idéal du Facteur Cheval en 1992 a été un véritable choc et révélatrice à tout point de vue. De là vient mon intérêt pour les constructions insolites, les jardins inspirés et autres architectures marginales ou autodidactes. Une forte passion qui m'a amené un jour de 1997 à la décision de bâtir à mon tour. Depuis j'ai pu édifier la Grotte-Chapelle et réaliser un jardin de mosaïques que certains d'entre vous on déjà vu et que je continue à développer.
Or ces jours-ci, j'apprends que la petite copropriété (6 appartements)  que j'habite depuis 26 ans et qui abrite mes travaux est en grave danger. En effet la commune de Malakoff a mis en place de nouveaux plans d'urbanisme (PLU). Je ne vais pas rentrer dans les détails mais en gros, notre rue est frappée d'alignement. Si je ne me bats pas, si rien n'est fait, notre maison, le jardin et tout ce qu'il abrite seront démolis pour faire place à un vaste projet de réaménagement de l'immobilier et de la voirie. Une mutation foncière comme ils disent... Visiblement certains membres du conseil municipal connaissent l'existence de la Grotte et j'ai cru comprendre que ça leur pose problème...


    En attendant je suis en train de constituer un dossier qui explique ce que sont les environnements dits singuliers, leur fragilité, leur survivance, leur avenir etc... Je vais également rassembler les articles de presse et la littérature qui parlent ou évoquent ce jardin ainsi que sa portée (même modeste) culturelle et sociale. Il m'arrive en effet de recevoir des classes, des centres aérés, des groupes ou des patients d'hôpital psychiatrique.
Pour étayer tout ça,  je souhaite aussi adjoindre une liste de soutien qui rassemble déjà de nombreux artistes, critiques d'art, responsables d'institutions et d'associations, universitaires, journalistes, directeurs de galerie, collectionneurs, amateurs d'art, passionnés etc..  Vous êtes tous les bienvenus et c'est une petite pierre supplémentaire importante pour moi.


   Nous allons très bientôt créer une association de défense du lieu pour faire face aux menaces qui pèsent sur cette maison et son jardin de mosaïques.
   Si dans un premier temps vous souhaitez que je rajoute votre nom sur cette première liste de soutien (qui n'est pas encore une pétition) ou si tout simplement vous souhaitez me contacter, je rappelle mon adresse mail : jmchesne@libertysurf.fr
   Ce n'est que le début de notre combat. Pour l'instant je n'ai que peu d'éléments précis sur les calendrier des travaux. Ce qui est certain c'est que la mairie est dans un processus de préemption progressif de toute la rue.

Dans les semaines à venir, vous serez tenus au courant via ce blog.


Pour l'instant ne pas diffuser cet article sur Facebook. Merci
                 

dimanche 6 juillet 2014

Carte blanche à Mycélium - Laurent Danchin présente 25 artistes.

 
   "Savants ou bruts, naïfs ou sophistiqués, autodidactes ou passés par les écoles, les vingt-cinq créateurs présentés dans cette exposition ont tous en commun d’avoir suivi un chemin hautement personnel, souvent proche de l’obsession, et d’avoir développé, en dehors des modes et des idéologies du moment, un univers singulier tirant sa source des zones, souvent obscures, de leur nature profonde. Se prenant ou non pour des artistes, ayant dû souvent exercer un métier alimentaire sans relation directe avec leur univers mental particulier, ils recourent aussi bien aux matériaux les plus ordinaires et aux techniques traditionnelles qu’à la sophistication des nouvelles technologies, et témoignent, à travers leurs dessins, peintures, collages, photographies, broderies, sculptures ou assemblages, du caractère essentiellement sauvage, indépendant, presque organique de la création, en même temps que de la variété infinie des familles de sensibilité au sein desquelles elle prend naissance. 

Sylvain et Ghyslaine Staelens

Raymond Reynaud
Raymond Reynaud

Catherine Ursin

Catherine Ursin
   Atypiques pour la plupart, échappant aux lois de leur milieu ou de leur culture d’origine, et issus de classes sociales et de générations différentes, ils sont tous également, chacun à sa manière, fort éloignés de la conception de l’art contemporain hégémonique depuis quarante ans, et ils œuvrent ou ont œuvré, par besoin, par manie et par plaisir, sans calcul commercial ni plan de carrière, et sans aucune théorie ni concept à défendre : plutôt à la manière d’artisans inspirés, laissant avec confiance l’instinct guider leur savoir faire. Car c’est la création qui s’est, en général, imposée à eux, non eux qui ont choisi la création. L’art, pour eux, n’est pas un métier, mais une nature, et ils s’y sont livrés par une nécessité spontanée, viscérale, plus forte que toute autre considération. C’est cet esprit de soumission à une forme mystérieuse d’irrationnel qui donne à leur démarche son authenticité et tout son sens, et constitue le principal point commun entre des univers, pour le reste strictement individuels. Or revenir au sens et relier des individus, peut-on trouver plus bel objectif à réaliser dans une abbaye ?


JMC


JMC

Jim Sanders
 
Joseph Kurhajec
   Par son parcours d’un éclectisme volontaire, l’exposition Mycélium – Génie savant, génie brut se veut un éloge non de l’art mais de la diversité inépuisable de la création, seule capable de mettre en échec les forces de destruction partout à l’œuvre actuellement." 
Laurent Danchin - extraits du catalogue
L'abbaye d'Auberive
Abbaye d'AuberiveCentre d'art contemporain
1, Place de l'Abbaye
52160 Auberive
Tél. : +33 (0)3 25 84 20 20

Horaires d'ouverture :
jusqu'au  28 septembre 2014
Mardi de 14h à 18h30
Mercredi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30

lundi 1 avril 2013

Portes ouvertes chez Joseph KURHAJEC

   A l'occasion des portes ouvertes qu'organise Joseph Kurhajec dans son atelier du 14° arrondissement de Paris et auxquelles il m'a gentiment invité à exposer, je propose un entretien que j'avais mené avec lui en 2009. Ce texte est également disponible dans le numéro 32 de la revue Création Franche.
  
 Joseph KURHAJEC, chineur d'images.
   Connaît-on véritablement Joseph Kurhajec ? Depuis le temps qu'il a adopté la France et qu'on y croise son travail au gré de quelques expositions trop rares, il était peut-être temps d'essayer de porter un nouvel éclairage sur ce qui anime ce personnage complexe. Grâce à l'entretien que j'ai eu avec lui au mois de novembre 2009, certains aspects de son œuvre inclassable se dévoilent et prennent tout leur sens. Cinquante ans de création ininterrompue sur lesquels Kurhajec revient pour tenter de nous apporter quelques clés.
   Les quelques textes en français ou biographies succinctes souvent erronées qui circulent sur Internet sont bien évidement trop synthétiques pour ne pas échapper aux poncifs véhiculés à propos de sa vie ou de son œuvre. On l'a, par exemple, souvent fait naître à Prague (ex Tchécoslovaquie) mais si ses parents étaient effectivement d'origine tchèque, Joseph Kurhajec est bien né aux Etats-Unis en 1938 à Racine dans le Wisconsin.
   Racine, un nom de ville natale prédestiné pour celui qui malgré son bras handicapé par la polio, allait puiser dans la nature une partie de son inspiration ainsi que les matériaux nécessaires à son expression. Il passe son enfance dans une ferme où son père élève des visons. Son attrait pour la culture amérindienne sera déterminant et irriguera la partie de son œuvre la plus primitive, sauvage.
   C'est en effet avec le bois, la terre cuite ou d'autres éléments naturels qu'il crée ses animaux, ses totems, ses personnages sanglés de cordes, bardés de tissus, de fibres, de cornes ou de plumes ; fétiches de céramique couronnés d'os exaltant le culte de la nature et la croyance aux esprits. Mais il serait réducteur d'arrêter là le portrait car chaque période de sa vie et de sa création révèle des aspirations multiples et sincères, véritable moteur à sa production sauvage.
Si c'est à New York que Kurhajec rencontra le succès dans les années 70, c'est en France qu'il est dorénavant intégré dans le circuit de la création hors-norme.

 
Comment se sont produites vos rencontres ou vos rapprochements avec les gens qui, en France, s'occupent d'art brut, art singulier etc. ?
   Quand je suis arrivé en France en 1986, j'ai rapidement été exposé par des gens passionnés par l'Art Brut, Outsider, etc. Il faut dire que dès 1980, je fréquentais déjà Luise Ross qui tient à New York une galerie célèbre dans ce domaine. Je connaissais également d'autres galeries qui présentaient des œuvres pouvant être assimilées à l'Art Brut. Je m'étais d'autre part intéressé aux travaux d'Alfonso Ossorio dont je me sentais proche. Cet artiste avait une série d'œuvres constituées d'assemblages divers ("Congrégations"), ce qui lui valut d'être inclus aux côtés de Dubuffet et de 140 autres artistes dans l'exposition "L'Art de l'Assemblage" au Musée d'Art Moderne de New York en 1961. Sur les conseils de Pollock, Ossorio fit l'acquisition en 1951 d'un terrain de 24 hectares, dans l'état de New York, où il vécut plus de quarante ans, et où il hébergera les collections d'Art brut de Dubuffet entre 1953 et 1962. J'ai vu les collections là-bas et c'est aussi comme cela que j'ai abordé cette forme de création.
   Pour revenir à l'Europe je dois parler également d'un séjour de six mois à Bruxelles entre 1986 et 87 au cours duquel j'ai rencontré et fréquenté Jephan de Villiers. C'est ainsi que plus tard nous avons participé ensemble à la Halle Saint-Pierre à Paris lors de l'exposition "Civilisations imaginaires" en 1998 conçue par Laurent Danchin et Martine Lusardy. En 1989, Caroline Bourbonnais me faisait visiter La Fabuloserie. Je crois me souvenir qu'elle a deux pièces de moi ; peut-être dans les réserves...
   Du reste, je me suis toujours intéressé à l'art populaire, au Folk-Art américain. Etant moi-même issu d'un milieu rural j'ai toujours été sensible à ces productions mais mon véritable choc eut lieu lors d'une exposition à Chicago en 1960 montrant des fétiches cloutés du Zaïre (République démocratique du Congo). Cela m'a fait une forte impression et a défini la direction que je voulais donner à mon travail. A l'époque je réalisais déjà des sculptures emballées ou des assemblages de matériaux de récupération que l'on a parfois comparés à certains tableaux en relief de Louis Pons que je ne connaissais pas. Cette exposition de fétiches a été décisive et fut le démarrage de toute ma recherche et de mes autres influences primitives et plus tard je suis passé à la création de mes propres fétiches en essayant d'injecter du spirituel dans mon travail ; la recherche d'une vérité, d'un esprit ; relever, débusquer la présence du sacré et de la magie dans l'art.

 
Depuis les années 60, vous avez énormément voyagé. Pouvez-vous expliquer ce besoin toujours actuel ?
   Je crois que créer découle d'un processus d'éternel apprentissage plus général et universel. J'ai eu besoin d'aller à la recherche de tous les aspects de l'art. J'ai voyagé en Inde pour y découvrir les temples. J'ai été en Chine pour y voir les céramiques antiques. J'adore le Mexique où je travaille la sculpture trois mois par an. J'ai voyagé dans toute l'Europe en participant à chaque fois à des ateliers pour apprendre de nouvelles techniques et utiliser les matériaux de la région. Je ne fais pas de tourisme à l'étranger, j'y travaille, j'y expose parfois et je me nourris de tout ce que je vois pour développer mon art. De toute façon j'ai tendance à mieux travailler ailleurs que chez moi car je dois faire mes preuves à nouveau dans des endroits où je ne suis pas connu. Un de mes voyages les plus marquants fut l'Ile de Pâques d'où j'ai ramené 30 kilos de pierre volcanique avec la quelle j'ai réalisé des dizaines de petites pièces. Des petites déesses à peine ébauchées... A ce moment là je me disais que ce que j'avais de mieux à faire était de sculpter, ce qui n'était pas évident car jusqu'en 1980 j'étais persuadé que je ne pouvais pas travailler la pierre à cause de mon bras. A mes débuts, j'ai surtout appris à souder et travailler le métal à cause de mon handicap.
   Je voyage encore, d'ailleurs je viens de passer l'automne 2009 en Irlande chez un ami sculpteur. Sur place, j'ai fait 70 nouvelles pièces dont une série de grandes têtes-fétiches qui rappellent ce qu'il avait montré à Paris en 1998.
En tout cas, tout ce que j'ai pu collecter et voir lors de mes voyages me fait dire que la terminologie "Art Brut" est bien fragile car je sais que toute œuvre a une source et je considère encore que l'art ethnique est une forme d'art populaire.

 
Dans les années 70 votre travail était assez engagé politiquement. On est loin du spirituel et du chamanisme pour lesquels vous êtes plus connu.
   Effectivement, dès les années 60 je fréquentais des artistes très engagés. Je manifestais ou je participais à des marches pacifistes. On était en plein conflit au Viêt-Nam. C'est vrai que mon travail reflétait ce qu'on voyait à l'époque. Mais mes sculptures de cette période étaient essentiellement anti-guerre. Plus tard j'ai rendu hommage aux Amérindiens avec une série de pièces surmontés de crânes de chevaux.
   Après les guerres en Irak, j'ai réalisé une installation d'une centaine de pièces de terre cuite d'un mètre de hauteur représentant un obus surmonté d'un crâne ainsi qu'une série de dromadaires en terre cuite portant des bombes et des crânes sur leur dos.
   A la Halle Saint-Pierre, j'ai également installé dans le hall un hommage aux victimes du 11 septembre. Je n'ai pas laissé tomber cet aspect de mon travail. S'il faut monter au créneau je réagis avec des œuvres.

Vous sculptez, vous modelez, vous dessinez aussi, vous faites de la gravure, mais vous êtes assez célèbre pour les jouets étranges que vous fabriquez.
   Oui, j'ai commencé à faire ces jouets de bois pour mes deux jeunes fils lorsque nous habitions en Italie à quelques kilomètres de Rome jusqu'en 1980. Le bois mort était abondant et les formes de ce que je trouvais sur place me donnaient plein d'idées pour réaliser ces animaux bizarres à roulettes. J'en ai fait aussi à la naissance de mon troisième fils en 1987 et depuis je n'ai jamais cessé d'en confectionner. C'est plutôt un boulot pour le mois de décembre...rires...
   Quant au dessin, il se révèle souvent être les ébauches de mes sculptures. Le travail sur papier est un support idéal pour développer et faire évoluer mes nouvelles idées de sculptures.
Mon travail est un perpétuel développement. Chaque pièce est la continuité de la précédente et le lit de la suivante.
Courtesy of V&M

On trouve dans certaines de vos productions d'autres thèmes inattendus : la représentation du Sacré Cœur et de l'image du Christ. Pouvez-vous en parler un peu ?
   Je pense que mon attrait pour le Sacré Cœur remonte à l'enfance. Dans les années 40 et 50, on trouvait cette image dans tous les foyers. C'était un véritable porte-bonheur dont l'origine est associée à sainte Marguerite-Marie qui fit la promesse à tout possesseur de ce symbole d'être béni. J'ai grandi avec cette image et il y a quelques années c'était devenu un peu obsessionnel. J'ai réalisé des centaines de petits tableaux représentant le Sacré Cœur sanglant couronné d'épines. Parfois, avec le surplus d'encre de mes travaux de gravure, j'en réalisais un nouveau. J'ai même été à Paray-le-Monial sur les traces de sainte Marguerite-Marie pour comprendre l'origine de ce culte.
   Dans mon enfance je fus également marqué par ma première visite dans l'église de mon quartier. A l'intérieur il y avait une statue de saint Sébastien transpercé de flèches. Je pense que cette vision forte a également participé au fait que je traite simultanément du religieux, de l'animisme, du chamanisme etc. Certains pensent que je mélange tout mais je fais bien la différence. J'ai été élevé dans la religion catholique et même si je me réfère parfois au chamanisme, j'aborde le sujet sans trop de considérations mystiques mais au sens premier du terme. Je considère les chamanes comme des médecins, des guérisseurs qui connaissent la psychologie et la médecine par les plantes. Des médiateurs entre les humains et l'esprit de la nature. J'ai rencontré des chamanes et je leur ai parlé. Je ne peux que les respecter et leur rendre hommage mais cela ne m'empêche pas de douter.

Coll. Louis Guyard
 
   Kurhajec parcourt la planète, travaille sur de multiples thèmes, utilise de nombreuses techniques, et ses influences sont si larges. Comment nommer cela : l'universalité ? Non bien sûr, le costume serait trop grand mais c'est comme cela qu'il fonctionne, naturellement curieux et intuitif. Avec toutes les images qu'il a en tête depuis si longtemps, il crée presque automatiquement ressentant les choses fortement. La main se pose sur la feuille et ça sort. Il dit même croire qu'elle est parfois guidée. Dans l'absolu, il souhaiterait réaliser des œuvres qui guérissent, des cataplasmes de l'âme.
   Désormais, Joseph Kurhajec partage sa vie entre trois endroits : les Etats-Unis, la France et depuis peu le Mexique. Ce grand voyageur parcourt encore le monde et semble chez lui partout. Il ne pose jamais ses valises ; d'ailleurs en a-t-il des valises ? Sa capacité d'adaptation lui permet de créer n'importe où. Cet artiste-brocanteur comme on a pu le surnommer fait sa trace où qu'il passe. Je l'observe depuis quelques années maintenant : c'est un chineur d'images, un glaneur de visions fortes dont il se nourrit pour créer sans relâche une œuvre sulfureuse, puissante et sans concession.
Jean-Michel Chesne - Droit réservé