samedi 24 septembre 2011

Marie Espalieu au musée de Cahors !

   Pour faire suite à la revue Gazogène n° 32 qui rendait hommage à cette agricultrice lotoise, la ville de Cahors a accepté l'idée d'une exposition majeure des œuvres de Marie Espalieu au musée des Beaux-Arts Henri-Martin. Ainsi, plus de 120 pieces ont fait l'objet de recherche et ont pu être rassemblées exceptionnellement pour l'occasion. Un catalogue dont on m'a confié  la réalisation sous la houlette de Laurent Guillaut (conservateur du musée de Cahors) et jean-François Maurice (Gazogène) accompagnera cet évenement qui aura lieu du :

 15 octobre 2011  au 31 janvier 2012.
Musée de cahors Henri-Martin
792, rue Emile Zola
46000 Cahors



   Cette exposition sera pour beaucoup une véritable découverte et, plus encore, nous le pensons, un coup de cœur !  Voici en effet les œuvres aussi insolites qu’émouvantes d’une inconnue de l’histoire de l’art. Cette «femme du commun à l’ouvrage» – pour paraphraser Jean Dubuffet – est une véritable autodidacte populaire qui, dans sa ferme isolée du Ségala, près de Saint-Laurent-les-Tours, a su créer une œuvre unique, étonnante et d’une incroyable force expressive.


   Ses peintures qui peuvent sembler «naïves» mais surtout ses sculptures – des branches assemblées plus exactement – qu’elle disposait autour du puits dans la cour de sa maison, devant la route, à l’air libre, avaient su capter l’œil amical et complice du photographe Robert Doisneau.

Ce catalogue (134 pages, tout couleur) co-édité par la revue Gazogène et le musée de Cahors sera disoponible à la Halle Saint-Pierre à Paris à partir du mois de novembre 2011.
Textes de  :
Jean-François Maurice, animateur de la revue Gazogène.
Laurent Guillaut, conservateur en chef,
Musée de Cahors - Henri-Martin.
Savine Faupin, conservateur en chef,
LaM, Villeneuve-d’Ascq.
Benoît Decron, conservateur en chef,
directeur du Musée Soulages, Rodez.
Charles Soubeyran, auteur.


samedi 17 septembre 2011

4ème Biennale Hors les Normes de Lyon

Je serai présent à la  Biennale Hors les Normes de Lyon
du 1er au 10 octobre 2011
Vernissage le vendredi 30 septembre 2011 à 19h
à la piscine du Rhône
Quai Claude Bernard - Lyon 7eme


L'occasion de voir les œuvres de Giovanni Bosco, Guy Brunet, Louis Chabaud, Francois Chauvet, Gérard Lattier, Loren, Jean-Pierre Nadau, Jean-François Rieux, Catherine Ursin et de nombreux autres bien sûr.

La fameuse piscine du Rhône...

Mes travaux seront également visibles à FALICON dans les environs de NICE. Du 7 au 17 octobre 2011 - Galerie Blanche - Vernissage le 7 octobre à 19h.
6 artistes : S. Corentin - M. Jakobowicz - G. Manero - R. Rey
O. Saban et moi-même.

jeudi 7 juillet 2011

OUTSIDERS 2011

 
   Encore une belle affiche pour la deuxième édition de l'expo auvergnate de Mauriac (Cantal) :
AMATE, AZEMA, CHOMO, K. HASS, J. LORAND, O. SABAN, 
les STAELENS, C. URSIN etc. 
  Cette exposition est à mettre sous le signe de CHOMO puisque huit sculptures ont été exceptionnellement prêtées par la famille. Ces pièces sont assez représentatives des différentes techniques développées par l'artiste reclus d'Achères-la-Forêt.



Chomo et Jean-Michel chesné

Joël LORAND et CHOMO (Bois brûlé)

Au premier plan : Les Deux Gardiens du Village d'Art Préludien de CHOMO
Joël LORAND
Ody SABAN et CHOMO
Sculpture textile d'Esther CHACON-VILA
Catherine URSIN au  premier plan.
Kurt HAAS
CHOMO : Enfant d'orage -  Bloc de Siporex sculpté.

mardi 5 juillet 2011

Rocailles fin-de-siècle, la poésie des ruines.

   Dès la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle on assiste à un mouvement de réappropriation de la campagne par la ville. C’est le début de la résidence secondaire qui touche toutes les couches de la société, même si certaines utopies rustiques sont imaginées par une élite intellectuelle et urbaine. Vers 1840, grâce à l'invention du ciment Portland, les faubourgs et les banlieues vont s’emplir de villas pittoresques, chalets rustiques, fausses grottes, guinguettes et kiosques en faux bois ou fausse pierre et c’est le triomphe de la rocaille. Les cimentiers italiens spécialistes du ciment armé, puis des français formés à l’art de la rocaille, vont rivaliser d’imagination dans leurs créations. Ainsi, les parcs municipaux vont également se doter de fontaines, de belvedères, de balustrades, d’escaliers ou de ponts rustiques.  



Coll. JM Chesné


Coll. JM Chesné

   Cette invention romaine, redécouverte à la Renaissance, est de nouveau au goût du jour et réalisable grâce en partie au nouveau ciment «Portland». Ce matériau va permettre la reconnaissance d’une nouvelle activité originale, celle des rocailleurs. Ces artisans, modestes à l’origine, vont accéder à un autre statut qui leur permettra de signer leurs œuvres.
 
Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné
  
    Les annuaires professionnels en portent le témoignage avec les nouvelles rubriques de «rustiqueurs», «rocailleurs-paysagistes», «artistes-rocailleurs», «cimentiers-naturistes», «artistes en ciment»...  Je reproduis là quelques pages d’un  étonnant catalogue déniché par hasard chez un brocanteur où l'on découvre avec amusement qu'on pouvait commander pratiquement par correspondance une grotte ou une passerelle pour son jardin. Le trompe-l’œil redevenant  le critère du savoir-faire, on y retrouve au fil des pages toutes la gamme des décors paysagers de l'époque, le tout promut grâce à des formules chocs : "Des meubles rustiques en ciment et  fer !" ou bien ce "Belvédère rustique élevé sur trois arbres gigantesques, construit en ciment armé avec montée d'escalier en ciment et en  fer !" 

Coll. JM Chesné







   Ce rêve d’exotisme n’est pas seulement naturaliste, c’est une échappée dans le temps avec ses faux temples, des fausses ruines, du faux gothique, mais aussi dans l’espace avec ses pagodes, chalets suisses, pyramides, le tout réalisé au mépris des spécificités locales. Le Midi semble privilégié (est-ce le manque de bois et la présence des maçons italiens ?), mais les «rocailleurs rustiques» sont partout. 
   


Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné


  Dans les jardins de plaisance le rocailleur dispose d’une relative liberté pour s’exprimer. Ainsi les rocailles apparaissent-elles comme un lieu privilégié pour découvrir les rêves entremêlés de ceux qui les produisent : des artisans nourris de culture populaire et la nouvelle bourgeoisie, à la fois romantique et ouverte aux conquêtes industrielles et coloniales. 

Coll. JM Chesné


Coll. JM Chesné
 
   La poésie et la nostalgie de ces grottes, de ces fausses ruines alimentent cette nouvelle forme d’art, à bien distinguer de l’Art Nouveau car il s’agit souvent d’œuvres d’autodidactes au service de nouvelles franges de citadins en quête de frissons exotiques et de rêves rustiques voulant apprivoiser une nature qui fait peur. 

Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné


   Par rapport à leur contemporain qu’était le facteur Cheval (dont on peut se demander s’il n’a pas lui-même suivi l’exemple de ces maçons) ou par rapport aux habitants paysagistes créateurs d’environnement dits Bruts, les rocailleurs étaient des inspirés à plein temps qui ont tenté grâce à des constructions destinées à d’autres, de préserver une part de création et de plaisir dans leur activité professionnelle.
   
Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné

   Je reproduis également quelques cartes qui montrent des édifices rustiques réalisés en bois ce qui les rendaient d’autant plus vulnérables. On imagine bien la complexité à bâtir en ciment dans des endroits reculés. Ici nous n’avons plus à faire à la poésie des ruines mais plutôt à l’attrait pour les cabanes, les habitations des forets et des champs et leurs «robinsonnades». Un bricolage rustique au service d’une vie naturelle idéalisée, plus symbolique que réelle. 


Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné

Coll. JM Chesné

   Puis, la mode passant, on s’est pudiquement détourné de cette architecture produite par des artisans formés sur le tas. Beaucoup de rocailles ont été détruites, délaissées et abandonnées aux intempéries, à la végétation ou aux transformations. Les fausses ruines tombent en ruine à leur tour ; une sorte de mise en abyme du temps.  En ville et surtout dans les anciens parcs, on trouve encore parfois quelques traces de ces aménagements : un balcon, un petit pont ou une rambarde d’escalier ayant échappé à la destruction. Parfois, je me prends à rêver au retour de ces extravagances ; le désir d'habiter autrement et de l'utopie d'un imaginaire de vie cristallisés.
Texte : Jean-Michel Chesné
Sources : Gazogène et Architecture rustique des rocailleurs - Michel Racine
Toutes images et cartes postales : collection JM Chesné -  D.R.

Coll. JM Chesné

mardi 21 juin 2011

Le cas Guy Brunet

   Guy Brunet est né dans l'Aveyron en 1945 et dès l’enfance il baigne dans l’univers du septième art car son père gérait un cinéma dans le Tarn. Jusqu'en 1963, programmant essentiellement des films hollywoodiens, Guy aida son père comme projectionniste et monteur. Comme il le dit, c’est probablement l’arrivée de la télévision qui aura raison de l’activité de la famille Brunet qui s’installe ensuite à Cahors et y développe un petit commerce d’electro-ménager. En 1973, il revient dans le bassin minier de Decazeville (Aveyron) où il sera ouvrier dans plusieurs usines et c’est en 1987 qu’il se consacre pleinement à sa passion : le cinéma. Depuis et sans discontinuer, il peint  l'Age d'Or du cinéma, celui des années 30 aux années 60 réalisant une sorte d’inventaire extravagant étayé par une solide érudition encyclopédique sur le sujet.

La façade de l'ancienne boucherie peinte par Guy Brunet en 2004

Guy Brunet peint généralement ses grandes affiches sur le pas de sa porte,
indifférent au vacarme du passage des voitures et des camions.
Dioramas et autres petits décors utilisés pour ses films
Des dizaines d'affiches de cinéma revisitées et peintes à la glycéro.

   Sur des supports de récupération, Guy Brunet réinvente à sa façon affiches, publicités, logos de firmes. Il retrace en se filmant lui-même durant des heures, l’histoire du cinéma et pour illustrer ses propos, il montre à l’écran certaines des 750 silhouettes de «vedettes» qu'il a peintes pratiquement grandeur nature sur du carton ondulé. Cette foule impressionnante d’acteurs, de metteurs en scène, d'opérateurs, de décorateurs, de producteurs... est répartie dans les pièces et les couloirs de cette ancienne boucherie acquise en 1994. Les hommes d’un côté les femmes de l’autre. L’ambiance générale des lieux est totalement incroyable voire inquiétante puisque l’on est observé par des centaines de regards. Guy Brunet est intarissable et vous fera découvrir son royaume dans la quasi pénombre d’une bâtisse humide et vétuste mais cette visite à Viviez reste sincèrement l’une des plus fortes et bouleversantes que j’ai pu vivre auprès d’un créateur.

Des centaines de silhouettes de personnages oubliés.


   Ce travail obsessionnel et sa vie toute entière sont intimement liés au cinéma à tel point qu’au dehors, Guy Brunet n’est pas très à l’aise et ne trouve pas sa place. Au delà de son pas de porte le monde extérieur ne l'intéresse pas vraiment. Il le dit lui-même : «Quand je suis en dehors de chez moi, je me demande sur quelle planète je suis. Je suis comme la station Mir qui redescend sur Terre. C’est à dire que pour moi, l’extérieur c’est l’inverse : j’entre dans un univers qui me dépasse, je suis dans un autre monde, complètement perdu... alors que chez moi je retrouve un système de vie qui me convient parfaitement. Alors bien sûr, pour certains c’est du rêve mais pour moi c’est une réalité puisque tout ce que j’ai autour de moi existe.»



   Dans une plaquette éditée en 2008 à l'occasion de l'exposition de Rodez "Le monde rêvé de Guy Brunet",  Jean-François Maurice écrivait :
«Né pour ainsi dire dans un cinéma et imprégné de connaissances cinématographiques on ne peut dire Guy Brunet sans culture. Encore faut-il s'entendre sur ce mot ! Ce qui nous est ici rendu n'a rien à voir avec une quelconque culture académique. C'est comme si il avait fixé sur sa rétine les vieilles affiches d'autrefois et qu'il nous les restituait morceau par morceau avec une minutie telle que les noms du deuxième accessoiriste, d'un obscur assistant ou de la maquilleuse prenaient autant d'importance que ceux du chef-opérateur, du réalisateur, sans oublier le producteur.
Salutaire leçon que cette remise à plat où, de plus, les idoles, les stars comme les seconds rôles sont réduits à leurs effigies de cartons comme autant d'ombres d'eux-mêmes.
Cet hommage au cinéma en montre aussi la perversion et Guy Brunet rejoint ici la grande cohorte des « insurgés de l’art » dont parlait Jean Dubuffet. Voyez-la cette immense foule d’acteurs fétiches réduits à leur platitude ! Car ce n'est ni le talent ni l'absence
de talent ni même l'industrie cinématographique ou la publicité, c'est le besoin qu'on a d'elle qui crée la star.C'est la misère du besoin, c'est la vie morne et anonyme qui voudrait s'élargir aux dimensions de la vie de cinéma.
L'art modeste de Guy Brunet rejoint celui des clandestins de l'Art Brut pour lesquels les images des entractes conviennent mieux que toutes les autres pour évoquer un entractes de la vie.»
(Photos JFM et JMC - droits réservés)






Une séquence du film de  Jean-Pierre Vedel
"On est pas des artistes" - 2000 
A l'époque, Guy Brunet n'avait pas encore 
peint la façade de la boucherie.

En 2011 Guy Brunet se filmait encore au caméscope et cassettes VHS
qu'il convertit ensuite en DVD.