jeudi 5 janvier 2012

L’œuvre au noir de l’abbé Bachié

   C’est lors de la réorganisation d’une partie des archives du diocèse de Cahors qu’ont ressurgit au mois de novembre dernier sept nouvelles pièces inconnues de l’abbé Bachié, curé à Gramat.











   Il y a plus de 20 ans, c’est avec son ami André Roumieux que Jean-François Maurice avait découvert à Gramat (Lot) les sculptures du Père Grabriel Bachié (1913-1991).  A partir de 1992, au fil de quelques pages de la revue Gazogène (n°4, n°11/12 et n°16 ) il évoqua et reconstitua la vie de ce créateur si singulier dont la plupart des pièces sont aujourd’hui à la Fabuloserie :
« ...C’était un personnage de petite taille, le visage rond ; un homme affable d’un naturel souriant; ceux qui l’ont connu m’en ont tous parlé en ces termes. Mais cette faconde cachait un grand courage : durant la dernière guerre, ordonné prêtre en 1939, il a parcouru tout le causse de Limogne à bicyclette, la nuit, « au service de la J.A.C. » a-t-il dit plus tard !



   Son activité créatrice a été longtemps secrète. Il ramassait au cours de ses promenades des bouts de bois, des racines… Puis, la nuit, les retouchait légèrement, parfois les colorait discrètement… Et la magie jouait : sous nos yeux éblouis surgissaient des formes merveilleuses : le loup amadoué par Saint François d’Assise mais aussi quelques monstres maléfiques… Pendant près de trente ans, il a ainsi créé et rehaussé de peinture, de petites statuettes qu’il accumulait secrètement dans une pièce de son presbytère. C’est seulement lors de son déménagement contraint par sa retraite que l’on découvrit cette activité. On en retrouva de pleins cartons et une exposition fut organisée en 1991 pour la plus grande joie de l’abbé qui devait décéder moins d’une année plus tard.

 

 

   Cette œuvre est largement placée sous le signe de la dualité, du Bien et du Mal, du Jour et de la Nuit, du Naturel et du Monstrueux… Dans les quelques lignes qu’il écrivit on est frappé par la modestie, l’ambiguïté voire la douleur contenue dans ses propos :
« … que ma sépulture soit gaie… Qu’êtes-vous venus voir ? Des branches, des racines, des vieilles et des tordues, des fétus que les hommes repoussent du pied ou ramassent avec des fourches, pour le feu ou pour des tas qui pourriront... Et pourtant, ces branches dont personne ne veut, ces lierres tors, ces genièvres torturés, ces racines squelettiques, lourdes, la nature les a aimés et, à sa manière drôle et fantaisiste, leur a ciselé une forme, presque donné un langage… »


 
   C’est une œuvre peuplée d’un bestiaire hybride, de faunes, de diables, de créatures étranges ou de personnages en souffrance à l’expressionnisme effrayant. Ce théâtre de la violence, cette vision cruelle du monde et de la nature, cette présence satanique, le bon abbé Brachié tente d’en pervertir l’effet  par l’introduction de la dérision et de l’humour. Cet art de la pirouette et de la distanciation ironique, cette volonté d’ajouter un détail faussement naïf ne fait en réalité que renforcer la malaise du spectateur attentif... »
Photos J.M.C.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci Jean-Michel pour cet article passionnant (comme toujours!).
En revanche je n'ai pas laissé de commentaire sur le précédent article mais vous savez pourquoi !!!
Merci pour cette découverte du jour !
Sophie (des Grigris)

Kotka a dit…

Belles paroles que celles de cet abbé ....
Je ne trouve pas ces formes terrifiantes, peut-être justement à cause de cette nature aimante (et celles que l'on ne peut relier à cela le sont bien plus, parce que totalement abandonnées au néant, peut-être).
Belle découverte, merci.

Anonyme a dit…

Bonjour,
Le texte de présentation de l'exposition est un magnifique poème en prose, profond, sincère et d'une écriture très personnelle. A-t-on retrouvé d'autres écrits de l'abbé ? Je crois qu'il est fait mention de cahiers sur une autre page. Lorsqu'un homme écrit si bien, si intelligemment, on ne peut qu'être curieux de savoir s'il n'a pas quelque révélation à nous faire !